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Aucune action n’a été menée pour poursuivre les assassins

Aucune action n’a été menée pour poursuivre les assassins

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by August 26, 2016 torture-au-peuple

Dans ce rapport de la campagne SOS-Torture/Burundi du 9 au 16 juillet 2016, nous évoquons les arrestations arbitraires qui ont repris d’intensité dans la ville de Bujumbura notamment la zone Musaga qualifiée de zone contestataire du 3ème mandat du Président de la République Pierre Nkurunziza.

Plusieurs dizaines de personnes ont été victimes de rafles quotidiennes, retenues durant des heures avant d’être relâchées sans explications, tandis que d’autres étaient embarquées par la police.

Au moins six personnes ont été assassinées dans différentes localités dont quatre à Bujumbura. Parmi les victimes figure la députée de l’EALA (East African Legislative Assembly) Hafsa Mossi, abattue non loin de son domicile à Mutanga nord (nord de Bujumbura). Il s’agit d’une personnalité politique très connue membre du parti au pouvoir CNDD-FDD.

Le rapport évoque aussi la condamnation à trois ans de servitude pénale à un juge du Tribunal de Grande Instance de Kirundo qui serait victime d’un montage et d’une justice expéditive et dont le procès n’a pas été équitable.

Le jeune Jean De Dieu Irakoze en détention à Rutovu.

  1. Arrestations arbitraires, enlèvements et disparitions forcées se poursuivent
  • Un jeune homme du nom de Jean de Dieu Irakoze a été arrêté en date du 12 juillet 2016 sur la colline Musenyi, zone Kajondi, commune Rutovu, province Bururi (sud du pays). il s’agit d’un élève de terminal au Lycée Rutovu. Selon son père, la police a d’abord mené une fouille à la recherche d’armes mais n’a rien trouvé. Les policiers ont alors arrêté son fils sans explication et l’ont conduit au cachot de la police de Rutovu. Des proches indiquent que cette incarcération est liée à l’assassinat de Frère Sylvère Nimirijimana, directeur du lycée Rutovu survenu dans la soirée du 8 juillet 2016 (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°30). Mais ils s’inquiètent pour la sécurité du jeune homme car aucune preuve de sa culpabilité n’a été établie.
  • La police a mené une rafle dans la zone Musaga (sud de Bujumbura) le 12 juillet 2016. Au moins 112 personnes ont été arrêtées entre les 1ère et 2ème avenues de Musaga ainsi qu’au quartier Gasekebuye de la même zone, les personnes étaient gardées durant des heures assises au sol sous un soleil de plomb. Les policiers ont gardé en détention huit personnes du quartier Gasekebuye. Des témoins rapportent que toutes les autres personnes étaient relâchées moyennant le paiement de pots-de-vin aux policiers, malgré qu’ils avaient leurs papiers d’identité et étaient enregistrés dans les ‘cahiers des ménages’ exigés depuis le début de la crise par l’administration.

Un chauffeur de bus a été tabassé violemment sur la voie publique en pleine journée par des policiers de la garde du Ministre burundais de la sécurité publique en date du 14 juillet 2016.

Ce chauffeur venait de faucher au passage un des véhicules du cortège du Ministre Alain Guillaume Bunyoni au centre-ville de Bujumbura sur un axe très fréquenté. La victime a été embarquée pour un lieu inconnu après les coups reçus. Ceci constitue non seulement une violation procédurale mais aussi un traitement inhumain et dégradant infligé par la garde d’un ministre en charge de la sécurité publique pour un simple accident de la route qui devait être pris en charge par la police de sécurité routière surtout que l’assurance automobile est obligatoire.

Les autorités politiques qui doivent faire respecter l’application de la loi comme le ministre de la sécurité publique se montrent aujourd’hui au-dessus de la loi et préfèrese faire justice ce qui confirme l’absence d’un Etat de Droit au Burundi.

Dans la même journée, la police a aussi arrêté deux femmes suspectées d’avoir pris les photos de la scène après l’accident (photos ci-dessous).

Le chauffeur de bus (allongé au sol) entouré des policiers qui le tabassaient

  • La police a de nouveau opéré une rafle d’une centaine de personnes dans la zone Musaga en date du 15 juillet 2016. Des témoins indiquent que les policiers étaient appuyés par la présence de militaires et affirmaient être à la recherche de ‘combattants’. Toutes les personnes ont pu présenter leurs pièces d’identité mais la centaine d’individus ont été embarqués par la police. Les habitants de Musaga dénoncent des arrestations arbitraires ainsi qu’un harcèlement de la part des policiers alors que la zone n’a pas connu de cas d’insécurité depuis plusieurs jours.
  1. Assassinats, exécutions sommaires et attaques armées répertoriés
  • En date du 10 juillet 2016, le corps d’un jeune homme assassiné a été retrouvé au quartier Mutanga nord, zone Gihosha (nord de Bujumbura). La victime avait des blessures au niveau de la tête et du visage.
  • Deux personnes ont été assassinées dans la province Cibitoke (nord-ouest du pays) dans la soirée du 11 juillet 2016. La première victime est un homme nommé Bernard Barinahaki tué par grenade à proximité de son domicile dans la commune Bukinanyana. La seconde victime se nomme Japhët Ntacobemera habitant la commune Mugina. Des témoins indiquent que cet homme a été poignardé.

L’ancienne député de l’EALA Hafsa Mossi assassinée à Bujumbura

  • Une députée burundaise de l’East African Legislative Assembly (EALA) a été abattue en date du 13 juillet 2016 dans la journée au quartier Mutanga nord (nord de Bujumbura). La victime est Mme Hafsa Mossi qui venait de quitter son domicile. Des témoins affirment que les tueurs se trouvaient dans un véhicule et lui ont tendu une embuscade. La députée a reçue deux balles dans la poitrine et est décédée à l’hôpital après son évacuation. Mme Hafsa Mossi était membre du parti au pouvoir CNDD-FDD. Avant d’être députée de la Communauté Est-africaine, elle a occupé d’autres hautes fonctions au sein du gouvernement.
  • Des anciens collègues de la victime ont témoigné des menaces persistantes que recevait Hafsa Mossi depuis quelques mois par certaines hautes autorités burundaises. Aucune action n’a été menée pour poursuivre les assassins après leur forfait dans un quartier pourtant sécurisé et qui faisait objet de fouille à certaines avenues ; aucun suspect n’a également été arrêté pour le moment.

Une des victimes assassinées à Gihosha

  • Deux personnes ont été assassinées dans l’après-midi du 14 juillet 2016 en zone Gihosha (nord de Bujumbura). Les victimes sont un homme de nationalité rwandaise et une fillette âgée de 10 ans qui ont été fusillées par un inconnu alors qu’elles se trouvaient dans une même parcelle abritant aussi une clinique privée. Des témoins rapportent que le tueur s’est enfoui en laissant son arme sur le lieu du crime.
  1. Un juge de Kirundo condamné à 3 ans de prison

Dans notre rapport SOS-Torture Burundi N°30, nous avions relevé le cas inquiétant d’un juge du Tribunal de Grande Instance de Kirundo nommé Ildephonse Ndikumwami arrêté le 2 juillet 2016 à son domicile par des agents du service national des renseignements accompagnés par des jeunes militants ‘Imbonerakure’ du parti au pouvoir. Ce juge avait été incarcéré et inculpé pour outrage au chef de l’Etat et atteinte à la sécurité de l’Etat suite aux tracts anti-Nkurunziza (le Président de la République) retrouvés devant son domicile.

Ce cas a été jugé de manière expéditive par la Cour d’Appel de Ngozi (nord du pays) qui a siégé le 6 juillet, sans laisser aucune chance pour l’inculpé de préparer sa défense conformément au code de procédure pénale. La Cour a rendu son verdict le 15 juillet 2016 et a condamné M. Ndikumwami à 3 ans de prison ferme et une amende de 100.000 francs.

  1. Ndikumwami n’a sans cesse clamé son innocence et dénoncé devant les juges un montage dont il est victime suite à certains dossiers qu’il avait traité au Tribunal de Grande Instance de Kirundo.
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