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RAPPORT N°159 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 29 DÉCEMBRE 2018

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by December 29, 2018 Uncategorized

Ce rapport de Sos-Torture/Burundi couvre la période du 22 au 29 décembre 2018 concernant les cas de violations et atteintes aux droits de l’homme au Burundi.

Au moins quatre (4) personnes ont été assassinées au cours de la période et dans différentes localités. Parmi les victimes figurent deux (2) hommes non identifiés, un maçon ainsi qu’un membre de la milice imbonerakure abattu par un agent de police.

Le rapport évoque également deux (2) cas de torture et de disparitions forcées. Les victimes sont un Brigadier de police en activité enlevé par des miliciens imbonerakure à Cibitoke et un homme d’origine rwandaise interpellé par des miliciens et remis aux agents du service des renseignements de Cibitoke.

Parmi les victimes des arrestations arbitraires, le rapport évoque un cas d’un employé d’une ONG internationale arrêté par des militaires dans la ville de Bujumbura.

  1. Atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique
  • Des membres de la milice imbonerakure ont enlevé un Brigadier de police BPC2 Domitien Hakuziyaremye dans la zone Ruhororo, commune Mabayi, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 19 décembre 2018 dans la soirée. Ce sous-officier  de police est affecté à la frontière burundo-rwandaise du côté de la zone Ruhororo. Des témoins rapportent qu’il a répondu à l’appel du chef de zone Ruhororo, Tharcisse Kamwenubusa, qui l’attendait avec quatre (4) jeunes de la milice imbonerakure. Le Brigadier de police a été ligoté et des proches rapportent qu’il serait accusé par les miliciens de faciliter un trafic de marchandises vers le Rwanda et de collaborer avec des agents rwandais.

Sos-Torture/Burundi note que le Brigadier Domitien Hakuziyaremye est porté disparu depuis son enlèvement. Des témoins rapportent que la victime a aussi été torturée. Il y a une forte crainte pour la sécurité physique de ce sous-officier de police. Sos-Torture/Burundi note également que le service des renseignements de Cibitoke a arrêté sept (7) personnes dont le chef de zone Ruhororo au cours de l’enquête. Le Brigadier Hakuziyaremye est issu de l’ancienne rébellion du PALIPEHUTU-FNL dirigée à l’époque par Agathon Rwasa.

Le Brigadier Domitien, victime de torture et de disparition forcée

Sos-Torture/Burundi note en outre les déclarations contradictoires de la police nationale, via son compte twitter, concernant la situation du Brigadier Hakuziyaremye. La police affirme qu’il est ‘’emprisonné à Kamembe au Rwanda’’, dans un tweet publié le 27 décembre 2018 plus d’une semaine après la disparition du brigadier.

Les deux tweets de la police nationale, publiés une semaine après la disparition du Brigadier Hakuziyaremye

  • Des individus non identifiés ont assassiné un homme dont le corps a été découvert dans le quartier Kanyenkoko, commune et province Rumonge (sud-ouest du pays) le 23 décembre 2018. Des témoins rapportent que la victime n’a pas été identifiée.

Sos-Torture/Burundi note que la police n’a pas déterminé les circonstances de la mort de cet homme, ni identifié d’éventuels suspects.

  • Des individus non identifiés ont assassiné un homme dont le corps a été découvert sur le bord du lac Tanganyika dans la zone Ngagara, commune Ntahangwa (nord de la ville de Bujumbura) le 23 décembre 2018. Des témoins rapportent que la victime portait des traces de blessures au visage ; le corps n’avait pas d’habits, ce qui confirme qu’il a aussi été déshabillé avant ou après son exécution.

Sos-Torture/Burundi note que la police n’a pas identifié la victime, ni déterminé les circonstances de son assassinat ainsi que les présumés auteurs.

Le corps de la victime retrouvé sur le bord du lac Tanganyika

  • L’agent de police Simon Ndayikengurukiye (matricule APN 1386) a abattu Elias Ntakirutimana sur la colline Nyagihotora, commune Matana, province Bururi (sud du pays) le 25 décembre 2018 dans la soirée. Des témoins rapportent que l’agent de police tentait de se défendre contre les jeunes imbonerakure qui voulaient le désarmer et prendre son arme de service, pensant qu’il était ivre. La personne tuée était le chef des miliciens imbonerakure de la colline Nyagihotora, c’est lui qui commandait cette jeunesse qui avait la mission de prendre l’arme de service de l’agent de police.

Sos-Torture/Burundi note que l’agent de police Ndayikengurukiye a été arrêté et mis en détention en attendant l’organisation d’un procès suivant la procédure de flagrance. Il était chef de position sur la colline Nyagihotora. Les juges du Tribunal de Grande Instance de Bururi l’ont ensuite condamné à dix (10) ans de servitude pénale pour meurtre à l’issu d’une audience de ‘’flagrance’’ le 27 décembre 2018.

  • Des individus non identifiés ont assassiné Germain Ngendambizi (67 ans) dont le corps a été découvert sur la colline Burarana, zone Muzenga, commune et province Bururi (sud du pays) le 26 décembre 2018. Des témoins rapportent que la victime, un maçon, portait des traces de blessures dans la bouche.

Sos-Torture/Burundi note que la police de Bururi a arrêté quatre (4) suspects, mais l’enquête n’a pas confirmé qu’elle a pu réunir tous les indices de leurs culpabilités.

  • Des agents de la police affectés à la sécurité du responsable du service des renseignements de la province Cibitoke ont torturé un homme d’origine rwandaise arrêté illégalement par des membres de la milice imbonerakure dans la zone Ndora, commune Bukinanyana, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 26 décembre 2018. Des témoins rapportent que la victime non identifiée vendait du bétail au marché de Ndora au moment de son interpellation par ces miliciens. Ils l’ont dépouillé de son argent, puis remis au chef de zone Ndora. Des témoins rapportent que ce dernier l’a, à son tour, remis au chef du SNR de Cibitoke.

Sos-Torture/Burundi note que la victime a été par la suite torturée à plusieurs reprises dans le bureau du chef du SNR de Cibitoke, l’officier de police OPP1 Venant Miburo. Des témoins rapportent que la victime a été déplacée vers une destination inconnue par les mêmes agents du SNR. Il y a risque d’exécution de la victime suite à ses origines rwandaises. Les relations entre le Burundi et le Rwanda sont tendues depuis le début de la crise ; les autorités burundaises accusent le Rwanda de déstabiliser le Burundi.

  1. Atteintes au droit à la liberté et à la sécurité physique
  • Des éléments de l’armée ont arrêté Albert Niyonkuru (surnommé Rwembe) dans la zone Kinindo, commune Muha (sud de la ville de Bujumbura) le 24 décembre 2018 dans la soirée. Des témoins rapportent qu’il se trouvait dans un bar au moment de son arrestation. M. Niyonkuru est un employé de l’ONG Handicap International affecté à son bureau de la province Makamba (sud du pays).

Sos-Torture/Burundi note une arrestation arbitraire d’un civil inoffensif par des militaires, qui n’ont pas notifié aux proches les motifs de cette arrestation. Les militaires ont embarqué la victime en direction du camp militaire Muha situé dans la zone Musaga (sud de la ville de Bujumbura). Il y a une forte crainte pour la sécurité de M. Niyonkuru.

Albert Niyonkuru, arrêté par des militaires à Bujumbura

  • Le responsable du service national des renseignements de la province cibitoke (nord-ouest du pays) en complicité avec le responsable de la milice imbonerakure a arrêté Monsieur Ntahomvukiye sur la colline nyagwondi, zone butahana, commune mabayi, province cibitoke le 28 décembre 2018. Des témoins rapportent que la victime a été ligotée avant d’être embarquée dans le véhicule immatriculé D3981A de ce responsable du service national des renseignement, OPP1 Vénant Miburo, vers une destination inconnue. Des proches rapportent également que M.Ntahomvukiye a été accusé de n’avoir pas voulu adhéré au parti CNDD-FDD.

Sos-Torture/Burundi note une arrestation arbitraire de M.Ntahomvukiye. Des témoins rapportent également qu’il est militant de la coalition de l’opposition amizero y’Abarundi. L’arrestation de M. Ntahomvukiye semble motivée par ses convictions politiques.

M.Ntahomvukiye, arrêté par le responsable du SNR à Cibitoke

 

SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours de la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir Musaga, Mutakura, Cibitoke, Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre de la Mairie de Bujumbura.

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